Renouer avec mes racines – Une journée à Willow Bunch lors du festival annuel « Terre Ferme »

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Mon retour dans ma province natale, et mon périple à titre de Saskatchewanderer m’ont permis de redynamiser ma relation avec ma famille – Je n’avais, jusque-là, jamais pris conscience de la rupture qui s’était produite entre nous. En fait, je vis actuellement dans la maison de mon enfance pour la première fois depuis l’âge de 18 ans. Bien que mes nuits passées à la maison soient peu nombreuses et espacées, j’éprouve un curieux sentiment de nostalgie lorsque je me réveille en compagnie de mes parents (que je surnomme affectueusement « mes colocataires »). Tout au moins, je vois ma famille beaucoup plus souvent que quand je vivais hors province, car à cette époque mes visites n’avaient lieu que dans le cadre de vacances ou d’occasions spéciales, bien que le lien familial auquel je fais allusion soit beaucoup plus large que cela. En tant qu’adulte (pour ainsi dire), il est fascinant d’explorer le territoire sur lequel mes ancêtres se sont installés il y a si longtemps. J’ai maintenant l’occasion et le privilège de pouvoir marcher sur les traces de mes prédécesseurs et d’en apprendre davantage sur ma terre natale.

 

Les gens limitent souvent le patrimoine génétique aux traits visibles d’une personne. Mon périple m’a permis de me défaire de cette limitation. Il y a environ un mois, je voyageais dans le Nord, le long du delta de la rivière Saskatchewan, patrie des Cris et des Métis. Même avec mes yeux bleus, mes cheveux blonds et mon teint altéré par les coups de soleil répétés, les gens du coin pouvaient discerner en moi des façons de faire découlant directement de mon lignage métis. Certaines personnes ont même fait ces observations sans rien savoir de ma généalogie. Cela a suscité, chez moi, une curiosité nouvelle à l’égard de nombreuses cultures que je croise quotidiennement, mais que je ne reconnais pas en raison de leurs subtilités.

 

J’ai toujours été relativement conscient des grandes lignes de mon arbre généalogique. Mon père est d’origine écossaise, comme l’indique clairement mon nom de famille : Buchanan. Quand je me pose des questions qui dépassent cet aspect, je peux toujours faire appel à d’innombrables ressources. Par contre, du côté de ma mère, mon arbre généalogique s’avère un peu plus mystérieux. Le père de ma mère (mon grandpère) est décédé peu après ma naissance, et bien que la mère de ma mère (ma grandmère) était en vie jusqu’à il y a environ un an, le trouble d’audition dont elle a souffert toute sa vie, rendait difficile toute conversation poussée. Ce que l’on sait de son père et de sa mère est que tous deux étaient d’origine métisse, qu'ils ont migré de l’Ontario et du Québec (respectivement) pendant la Grande Dépression pour commencer une nouvelle vie dans la ville francophone de Willow Bunch, en Saskatchewan.

 

La fin de semaine dernière avait lieu le Farm Fest, festival annuel de Willow Bunch, également appelé « Terre Ferme ». Cela m’a semblé l’occasion idéale de me familiariser avec cette région ainsi qu’avec l’histoire de ma famille et celle de la population fransaskoise. J’y suis donc allé en compagnie de ma mère qui se souvient encore vaguement d’avoir rendu visite à ses grandsparents, francophones unilingues de Willow Bunch, quand elle était petite. Elle a également grandi en entendant les récits de sa mère sur le couvent où elle avait fait ses études primaires. Quand nous sommes arrivés en voiture à Willow Bunch, nous avons vu le couvent qui, tel un phare, dominait le paysage de la petite ville. Au fur et à mesure que nous nous approchions, nous nous sommes vite rendu compte que le gigantesque bâtiment avait été transformé en musée patrimonial. Nous nous devions d’y faire un petit tour, lequel s’est rapidement transformé en une visite de deux heures.

 

Avec l’aide de ma mère, j’ai fouillé dans de vastes archives contenant presque exclusivement des noms français. Nous avons vu de nombreux portraits sépia de membres de ma famille que je n’ai jamais eu le privilège de rencontrer, ainsi que des photos de ma grandmère décédée, prises quand elle était encore une jeune femme. Ma mère a aussi appris des choses sur notre passé qu’elle n’avait jamais sues en raison de la barrière linguistique.

 

Ce que j’ai trouvé fascinant, c’est que dans une communauté où les descendants métis sont légion, beaucoup de gens, jusqu’à ces dernières années, demeuraient discrets sur leurs origines. Je n’ai d’ailleurs appris ce que comportait vraiment mon patrimoine génétique que grâce à un test d’ADN fait il y a qu’une dizaine d’années, et non par transmission familiale. Je suis très reconnaissant du récent changement culturel qui s’est opéré et qui me permet d’exprimer ma fierté sur cette partie intégrante de mon bagage génétique. Comme je l’ai appris dans la région de Cumberland House, c’est une chose, en moi, que je porte de façon inhérente.

 

Pendant que nous étions au musée, j’ai aussi pris une photo avec la réplique, grandeur nature (8,3 pi, presque 2,52 m), d’Édouard Beaupré, aussi appelé « le géant de Willow Bunch », connu comme l’homme le plus grand au monde, à cette époque.

 

 

Repartis avec une meilleure idée de qui nous sommes (et, comparativement, de notre petite taille…), ma mère et moi nous sommes aventurés au Willow Bunch Farm Fest ou « Terre Ferme ». À cet endroit, une communauté dynamique de francophones s’était réunie pour profiter de la musique folklorique traditionnelle et d’une authentique foire fransaskoise. L’événement, qui avait lieu à la ferme de la famille Campagne située à environ 13 kilomètres de la ville, avait une ambiance intimiste, et ce, malgré le grand nombre de participants. En plus d’écouter « de la belle musique », on pouvait participer à des ateliers, des promenades sur le site et à une danse d’antan. Il était même possible de camper sur place.

 

L’esprit de communauté était palpable dès que nous sommes arrivés sur le site de l’événement. Willow Bunch est l’une des dernières régions fransaskoises de la province, et il est évident qu’il s’agit d’une grande source de fierté pour cette population. Alors que nous nous promenions parmi les artisans locaux, dans des paysages pittoresques, nous avons rencontré de nombreux habitants dont les familles vivent dans cette localité depuis ses tout débuts. Nous avons donc pu obtenir des réponses aux questions que nous avions sur notre lignée. Pour nous, cet événement a été une incroyable occasion d’embrasser notre patrimoine culturel dans un environnement festif créé exactement dans ce but.

 

 

Cette année, le Festival Terre Ferme, qui est un événement annuel, s’est déroulé du 26 au 28 juillet. Pour en savoir plus, consultez son site : https://www.farmfesterreferme.ca/index.html.

 

Pour en savoir plus sur le Musée de Willow Bunch, consultez son site :

http://www.willowbunch.ca/museum.html.